Mercredi 08 février
On ne ré-aborda pas le sujet avec Jess, mais je sentais son regard inquiet se poser de temps en temps sur moi. Tout ce que j'avais dis lors de la soirée était vrai; j'étais seule. Mais je savais qu'elle était là, que Jack et Will étaient là et qu'Hannah était là. Bien qu'ils étaient à mes yeux plus qu'importants, mes amis ne pourraient jamais remplacer ma famille. Mes parents...
Flashback *
Agée de 16 ans, je me trouvais dans mon immense chambre du loft de Grand mère. Hannah et moi, étalées sur mon large lit, regardions un film en bavant devant l'acteur principal et en se gouinfrant de bonbons tous plus chimiques les uns que les autres. Il devait être plus ou moins minuit. Papa et maman s'étaient rendu à un séminaire scientifique (ils étaient tous les deux medecins) de trois jours à Cardiff, et, bien que je leur assurai pouvoir me débrouiller seule à la maison, ils insitèrent pour que j'aille m'installer chez Grand Mère. J'avais accepté à la seule condition qu'Hannah m'accompagne. Je ne l'aurai pas supportée autrement – car oui, Grand Mère savait se montrer plus qu'insupportable. Ils étaient partis vendredi matin et nous étions dimanche soir; leur retour était proche.
En plein milieu de la scène fatidique du baiser entre les héros, le téléphone de la maison sonna. Je regardais ma montre, et elle m'indiqua minuit 02. Cette vision de moi me penchant sur mon poignet pour lire l'heure me marquat sans doute à vie.. J'échangeai un regard avec Hannah tandis que Grand Mère, non sans protester et jurer, avait déccroché. Je réféchissais, mais ce ne pouvait être papa pour annoncer qu'ils étaient rentrés, ils étaient censés arriver à Londres le lendemain dans les environs de midi. Poussée par mon insatiable curiosité, je me levai, suivie par Hannah, pour aller doucement coller mon oreille contre la porte de la chambre de Grand Mère.
« Oui, c'est moi, disait elle d'une voix étouffée par l'épaisseur de la porte. (...) Que s'est-il passé? »
Sa voix trahissait une anxiété que je n'avais jamais perçue avec autant de force. Elle parlait toujours d'un ton calme, assuré et détaché, quelque soit le sujet. C'est sans doute ce qui affola mon coeur dont les battements s'accélérèrent. J'entendis son sommier craquer et je compris qu'elle se levait.
Nous fimes demi-tour et retournèrent sans bruit dans notre chambre, la porte entre baillée pour pouvoir écouter. Grand Mère sortit de la chambre, le téléphone à l'oreille. Si mon estomac n'était pas aussi noué, j'aurai sans doute ri : Grand Mère était vêtue d'une longue robe de chambre en soie bleue nuit, et portait des pantouffles brodées assorties. Elle était également démaquillée, et c'était sans doute ce qui lui donnait ce teint blafard et qui lui ajoutait 5 ans. Ses longs sourcils finement épilés étaient froncés dans une moue inquiète. Elle s'arrêta dans le couloir, à quelques pas de notre chambre et mit une main sur son coeur.
« Doux Jésus. Mon Dieu, c'est... C'est terrible. »
J'entendis une voix d'homme résonner dans le combiné : « Toutes mes condoléances, madame. »
C'est la remarque qui me fit réagir; Hannah avait posé sa main sur mon épaule, mais déjà, j'avais ouvert en grand la porte et m'étais approchée de Grand Mère.
« Qu'est ce qui se passe, Grand Mère? » ai-je fais.
En temps normal, elle m'aurait ordonner de retourner dans ma chambre et de dormir car il était tard et elle m'aurait sermonné sur le fait qu'il était extrêment impoli d'interrompre quelqu'un en pleine conversation téléphonique. Elle posa sur moi un regard embué et s'assit sur une chaise disposée dans le couloir. Je n'avais jamais compris l'utilité qu'elle pouvait avoir, mais ce soir là, je m'installa près de Grand Mère.
Hannah était restée dans la chambre, près de la porte, et nous observait.
« Quand est-ce arrivé? » demanda-t-elle à son interlocuteur.
« On nous a prévenus il y a une heure et nous estimons que l'accident s'est produit aux alentours de 22h30. »
L'accident. L'accident. Ce mot résonnait dans ma tête, emprunt d'horreur.
« A.. Avait-il trop bu? » finit-elle par articuler.
« Il nous est impossible de le déterminer, madame. La voiture est sortie de la route et.. Il hésita, semblant se demander si il était bon de donner ces macabres détails à la famille. Elle a fait un tonneau et s'est écrasée au fond du ravin. C'est un miracle que nous ayons retrouvé ce téléphone portable encore en état de marche. »
D'un bond je m'étais levée, et je me dirigea vers la base du téléphone sans fil. L'écran affichait 'Appel entrant : Portable Kevin.' Kevin était mon père. La déduction fut aisée. Lentement, je me sentis glisser contre le mur, et les larmes rendirent ma vision floue. Ils étaient morts. Mes parents avaient disparu, et plus jamais je ne verrais leurs sourires ou ne sentirais leurs parfums. Hannah me rejoint, et ne mit pas longtemps à comprendre. Elle s'installa près de moi et me serra contre elle. Je ne m'en apperçut pas immédiatement, comme déconnectée.
Au bout d'une durée que je ne saurai déterminer, Grand Mère s'approcha.
« Les.. Les filles, allez vous coucher, il est tard. » fit-elle d'une voix faible et tremblante, manquant cruellement de conviction. Cependant, lentement, je me suis levée, et j'ai regagné ma chambre, accompagnée par Hannah.
Je me souviens même d'avoir lancé un « Bonne nuit, Grand Mère. » en passant près de cette dernière.
Dans un état second, je me suis allongée sous la couette, le film tournant encore dans le lecteur DVD. Hannah s'occupa de l'arrêter, du moins je suppose, car le lendemain il n'y était plus. Elle débarrassa également le lit de nos déchets et s'installa près de moi. Lorsque la maison fut calme, mes sanglots reprirent. Je tentai de me faire discrète, mais Hannah me prit à nouveau dans ses bras.
J'aurai voulu aller réconforter Grand Mère, qui était seule dans sa chambre alors qu'elle venait de perdre son fils, mais il m'était difficile d'articuler un seul mot à travers mes larmes. Autant vous dire que je ne dormis pas beaucoup cette nuit là, et que le choc ne fut pas facilement encaissé.
Fin du flash back *
Demain. Demain, cela ferait trois ans que mes parents étaient... Morts. D'ordinaire, je rejoignais Grand Mère pour aller déposer des fleurs (des hortensias, les fleurs préférées de maman et des roses, les fleurs préférées de papa) près de leurs tombes, mais je ne m'en sentais pas capable cette année. Je chargerais Hannah d'y aller pour moi. C'est d'ailleurs ce que je fis par sms.
Rapidement elle me répondit 'Aucun problème, j'irai demain à midi. Et non, ça ne me dérange pas du tout.'
Je la remerciai avant de me reconcentrai sur le cours que nous suivions...
Le directeur s'était tout spécialement déplacé pour nous parler un peu. Je me suis penchée vers Jess pour lui chuchoter : « Ils parlent de quoi?
- On va avoir un nouvel emploi du temps ou j'sais pas quoi, j'ai pas tout compris. Répondit-elle sur le même ton.
- Sans doute pour nous ajouter des heures de cours, ai-je fais, désemparée.
- Parles pas de malheur. »
« ..Il va sans dire que vous ne serez pas plus solicités que maintenant, juste.. Différemment. »
Ouf!
« Votre professeur va vous distribuer vos nouveaux emplois du temps qui prendront effet lundi prochain, le 13, jusqu'au 27, ce qui vous fait deux semaines.. Particulières. »
Il semblait particulièrement satisfait de son effet genre 'Personne-ne-comprend-ce-que-je-raconte-et-c'est-trop-top-cool'. Madame Evans distribuait les feuilles polycopiées, et Jack -assis au deuxième rang- observa avec perplexité son papier, un sourcil levé. La réaction fut la même pour tous. Lorsque j'eu une fiche entre les mains, je compris pourquoi : nous avions cours uniquement les matins, le reste de la journée, de 13h à 18h était consacrée aux 'TP'. Je ne comprenais pas, pas plus que mes camarades de classe. Avides, nous fixions le principal, attendant plus amples informations.
« Bon, reprit-il. Ce que vous voyez pour les matinées ne vous est pas étranger, n'est ce pas? Français, Anglais, Eco, Informatique, etcetera.. Vous suivrez donc vos cours de 8h à midi, ici, comme d'habitude. Ce qui, au contraire, ne vous est pas familié, ce sont les travaux pratiques de l'après midi. Vous avez cinq jours -d'aujourd'hui à dimanche- pour trouver un journal ou une entreprise qui veuille bien de vous. Evidemment, si il s'agit d'une entreprise, il vous faudra un lien avec la communication. Exemple : vous faire engager comme caissière/caissier ne vous sera d'aucune aide pour vos études; cherchez donc comme attaché de presse ou un truc du genre. Vous me suivez? »
La classe hocha la tête, incrédule. Un stage. Nous allions faire un stage de deux semaines. Max -un mec de la classe- leva la main. Lorsqu'il fut interrogé, il demanda :
« Est ce qu'on sera payés?
- Eh bien.. En toute logique, oui, jeune homme, si votre travail est satisfaisant -et je n'en attend pas moins de vous- vous serez rémunérés par votre employeur. »
Max aquieca, tout sourire. Il me fit un clin d'oeil en croisant mon regard et je levai les yeux au ciel, amusée.
« Exceptionnelement, cette après midi, vous n'aurez pas cours. Je vous souhaite bonne chance pour dénicher le job de vos rêves, les jeunes. A dans deux semaines pour le bilan de ce stage. »
Et il sortit. Jack se tourna vers moi, un grand sourire aux lèvres. A nous le monde du journalisme ! =D
Mercredi 08 février, suite
Le repas à la cafétéria se déroula comme d'habitude, assis à une table quelquonque, on triait le 'mangeable' du 'non-comestible' après avoir patienté à la file indienne une bonne demie heure. Assis tous les quatre (Jess, Jack, Will et moi), nous discutions de notre après midi qu'il fallait organiser de manière à être rapide et efficace. Plus vite nous aurions trouvé notre stage, mieux ce serait pour nous; et cette aprem avait été libérée à cet effet.
« Je vous propose un truc, vous me dîtes ce que vous en pensez.. On se sépare en deux groupes de deux pour l'après midi, et on se débrouille chacun de notre côté pour dégoter ce qu'on recherche et disons qu'à 19 heures, on doit tous se retrouver chez moi; je vous invite pour la nuit :] »
Ce soir risquait fort de rimer avec cafard et je ne tenais vraiment pas à être seule. Jess du s'en douter car elle accepta de suite. Jack savait que demain serait '' l'anniversaire '' de la mort de mes parents et il accepta également. Will, dont la cuite de mardi avait été mémorable fut plus réticent..
« Je viens avec plaisir, à condition exclusive qu'on ne se couche pas trop tard, j'ai la nuit blanche d'avant hier plus les difficultés d'hier à trouver le sommeil alors il me faut dormir un minumum.
C'est promis ! Lui jurai-je, un sourire flottant au coin de mes lèvres. »
Il fut convenu que je passais l'après midi avec Jack et Jess avec Will. J'acceuilli ce heureux hasard du au tirage au sort avec un grand sourire. Nous pourrions enfin discuter tranquillement. Il faut dire que ces derniers temps, je n'avais pas été très attentive et nous n'avions pas eu l'occasion de nous poser pour partager un moment... Je me promis de me rattraper.
Toujours deux commentaires expressifs pour me dire si ça vous plait ou pas :).
J'espère ne pas trop vous décevoir. Et je suis VRAIMENT désolée, mais ce blog, je n'y pense que quand j'ai le temps, donc bon.. ^^' Mais je prends quand même plaisir à écrire, alors donnez moi votre avis :D..
Becoss, Lau.
